Red Dress Day — Sensibiliser au mouvement MMIWG2S

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Red Dress Day — Sensibiliser au mouvement MMIWG2S
Robe rouge, symbole du mouvement MMIWG2S, suspendue à Toronto

Le mouvement MMIWG2S est né pour dénoncer une réalité tragique : les femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones sont victimes de disparitions et de meurtres à des taux extrêmement élevés, notamment au Canada et aux États-Unis. MMIWG2S est l'acronyme de Missing and Murdered Indigenous Women, Girls, and Two-Spirit people (Femmes, Filles et Personnes Bispirituelles Autochtones Disparues et Assassinées). Ce mouvement vise à attirer l’attention sur cette crise humanitaire, à honorer la mémoire des victimes, à soutenir les familles endeuillées et à réclamer justice. La mention des personnes bispirituelles est essentielle : dans de nombreuses cultures autochtones, ces personnes occupent une place spirituelle et sociale unique, souvent mal comprise par les sociétés occidentales.

MMIWG2S n'est pas seulement un cri contre l'oubli : c'est un appel vibrant à reconnaître la violence coloniale encore à l’œuvre aujourd’hui, et à agir pour protéger les générations présentes et futures.

Pourquoi cette date est importante ?

Chaque année, le 5 mai, connu comme Red Dress Day, est une journée de commémoration et de sensibilisation dédiée aux femmes, aux filles et aux personnes bispirituelles autochtones de toutes nations disparues et assassinées. Partout en Amérique du Nord, des robes rouges sont accrochées pour symboliser les vies fauchées et l'absence cruelle ressentie par leurs familles. Ce symbole trouve son origine dans un projet artistique créé en 2010 par l'artiste métisse Jaime Black, qui a utilisé la robe rouge comme symbole du vide laissé derrière ces femmes disparues. Le 5 mai, nous sommes tous invités à nous souvenir de ces vies perdues, à soutenir les survivants et à réclamer des actions pour mettre fin à cette tragédie.

Selon de nombreuses traditions natives, le rouge est la seule couleur que les esprits peuvent voir. En portant ou en exposant du rouge, les familles et les communautés appellent les esprits des femmes, des filles et des personnes bispirituelles disparues pour qu'elles retrouvent leur chemin vers la maison, pour qu'elles soient vues, reconnues et honorées. Le rouge symbolise aussi la vie, la force, et le sang versé injustement.

Une crise toujours d'actualité

Les violences envers les femmes natives ne sont pas un fait historique lointain, c'est une crise bien réelle aujourd'hui. Des données effrayantes illustrent l'ampleur du problème. Au Canada, les femmes et filles natives ont un risque d'être assassinées six fois plus élevé que les femmes non autochtones. Bien qu'elles ne représentent qu'environ 4 % de la population féminine, elles comptent pour 24 % des victimes féminines de meurtre dans le pays (statistique de 2019). L'Enquête nationale menée en 2019 a même qualifié ces violences de génocide et formulé 231 appels à la justice pour y mettre fin. Malgré cela, la violence continue : en 2023, le Parlement canadien a unanimement déclaré l'état d'urgence nationale face à la disparition et aux meurtres de femmes natives.

Aux États-Unis, la situation est tout aussi alarmante. En 2016, plus de 5 700 femmes natives ont été signalées disparues, mais seulement 116 de ces cas figuraient dans la base de données fédérale des personnes disparues, révélant de graves lacunes dans le suivi et l'enquête. Le meurtre est la troisième cause de décès des femmes natives aux États-Unis, qui sont assassinées à un taux jusqu'à 10 fois supérieur à la moyenne nationale. Plus de 80 % des femmes natives aux États-Unis ont subi des violences physiques ou sexuelles au cours de leur vie. Ces chiffres traduisent une réalité insupportable : trop souvent, les disparitions ne sont pas prises au sérieux, les enquêtes sont bâclées ou inexistantes, et les familles se retrouvent seules dans leur deuil et leur quête de justice.

Ressources natives à consulter

Il est crucial d'écouter les voix des communautés autochtones elles-mêmes pour comprendre et soutenir ce mouvement. Voici quelques ressources fiables, gérées par des organisations autochtones au Canada et aux États-Unis, pour en apprendre davantage et agir :

Association des femmes autochtones du Canada (AFAC / NWAC) – Organisation nationale dirigée par des femmes autochtones, qui publie des rapports et outils sur les femmes autochtones disparues et assassinées. La NWAC/AFAC a notamment révélé que seulement 53 % des meurtres de femmes autochtones donnent lieu à des accusations, un taux bien inférieur à la moyenne nationale (84 %), signe que de nombreuses familles n’obtiennent pas ou n'osent pas demander justice. Leur site offre des fiches d'information, des statistiques et des perspectives autochtones sur la crise MMIWG.

Coalition to Stop Violence Against Native Women (CSVANW) – Coalition communautaire autochtone basée au Nouveau-Mexique, œuvrant pour mettre fin aux violences contre les femmes autochtones. La CSVANW décrit le mouvement MMIWG2S comme « un mouvement communautaire de base visant à sensibiliser et à pallier le manque de réponse quand une femme autochtone disparaît ou est assassinée ». Sur leur site, on trouve des informations, des formations et des initiatives de plaidoyer portées par des Autochtones.

National Indigenous Women’s Resource Center (NIWRC) – Centre géré par des femmes autochtones aux États-Unis, dédié à la fin de la violence envers les femmes natives. Il fournit des ressources sur la crise des femmes autochtones disparues (souvent appelée MMIW ou MMIWR pour Missing and Murdered Indigenous Women and Relatives) et des guides d'actions pour les communautés (programmes d’éducation, initiatives juridiques, soutien aux familles, etc.).

Urban Indian Health Institute (UIHI) – Organisme de recherche autochtone qui a publié une étude marquante sur les femmes autochtones disparues et assassinées dans les villes américaines. Le rapport de l'UIHI a recensé 506 cas de MMIWG dans 71 villes des États-Unis, dont 78 rien qu'au Nouveau-Mexique, tout en soulignant que les cas impliquant des personnes bispirituelles ou LGBTQ2S+ sont largement sous-estimés dans les données officielles UIHI. Leurs recherches mettent en lumière le sous-dénombrement des cas et proposent des recommandations pour améliorer la réponse des autorités.

Comment soutenir le mouvement MMIWG2S ?

Chacun d'entre nous, à son échelle, où qu'il se trouve, peut contribuer à faire une différence et à soutenir les familles et communautés touchées. Voici quelques actions concrètes que vous pouvez entreprendre pour soutenir cette cause :

Porter du rouge le 5 mai : Arborez un vêtement rouge ou affichez une robe rouge à votre fenêtre pour honorer la mémoire des disparues et susciter des discussions autour de vous, même sur des territoires francophones ou européens. Plus le sujet sera discuté, plus les victimes et familles de victimes pourront être prises au sérieux et soutenues.

S'informer et sensibiliser : Renseignez-vous à l'aide des ressources ci-dessus, lisez des témoignages de familles autochtones, et partagez ces informations sur vos réseaux sociaux (utilisez des hashtags comme #MMIWG2S et #RedDressDay) pour amplifier la voix des survivant.e.s.

Participer aux événements commémoratifs : Si vous êtes sur le continent nord-américain, prenez part aux vigiles, marches ou cérémonies organisées par les communautés autochtones le 5 mai si vous êtes dans l’une des régions touchées. Votre présence témoignera de votre solidarité et de l'importance de cette cause.

Soutenir les organisations autochtones : Faites un don, ou du bénévolat si vous êtes sur le continent nord américain, pour des organisations dirigées par des Autochtones qui luttent contre la violence (par exemple, l'AFAC/NWAC au Canada ou le NIWRC aux États-Unis). Ces organismes offrent du soutien aux familles, font pression pour des changements législatifs et développent des programmes de prévention.

Interpeller les décideurs : Écrivez aux élus (députés, sénateurs…) nord-américains pour leur demander quelles actions concrètes sont mises en place afin de mettre en œuvre les appels à la justice et d'améliorer les systèmes de recherche des personnes disparues. Le soutien politique est indispensable pour allouer des ressources et réformer les pratiques policières et judiciaires défaillantes.

Sources

Sources canadiennes

https://nwac.ca/
https://mmiwg-ffada.ca/fr/
https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/85-002-x/2021001/article/00011-fra.htm
https://www.hrw.org/fr/news/2021/06/03/canada-violence-femmes-autochtones-exige-justice
https://www.amnistie.ca/pages/pas-une-de-plus
https://www.afn.ca/fr/politique-sociale/femmes-et-genre/femmes-autochtones-disparues/
https://www.ffq.qc.ca/actualites/2023/05/5-mai-journee-de-la-robe-rouge/
https://umanitoba.ca/indigenous/red-dress-day
https://globalnews.ca/news/6839409/red-dress-day-mmiwg/
https://www.cbc.ca/news/canada/red-dress-day-explainer-1.6007083
https://www.cbc.ca/news/canada/british-columbia/highway-of-tears-mmiw-1.5348814
https://www.cbc.ca/radio/findingcleoSources

Sources américaines

https://www.csvanw.org/
https://www.uihi.org/projects/missing-and-murdered-indigenous-women-and-girls/
https://www.niwrc.org/
https://www.ncai.org/
https://www.sovereign-bodies.org/
https://strongheartshelpline.org/
https://indianlaw.org/issue/missing-and-murdered-native-women
https://dojmt.gov/missingindigenouspersons/
https://www.nativewomenswilderness.org/mmiw
https://www.bia.gov/service/mmu
https://www.ohchr.org/en/issues/indigenouswomen/pages/srindigenouswomen.aspx
https://www.aljazeera.com/news/2021/5/5/mmiw-crisis

Autres sources académiques / généralistes solides

https://www.amnesty.ca/what-we-do/no-more-stolen-sisters
https://www.britannica.com/topic/Red-Dress-Day
https://www.nativewomenswilderness.org/